Lycée Watteau: jeunes Français et Allemands travaillent ensemble sur 1914-18

Publié le 11/01/2014- La Voix du Nord

Par la magie de Skype et de la vidéo sur Internet, entre autres, la commlémoration de la Grande Guerre au lycée sera franco-allemande, le temps d’une enquête au long cours, prévue jusqu’en novembre 1914. Pour déboucher sur un autre regard. Enfin… européen ?

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Le quatuor de professeurs qui pilote le projet, une belle aventure....<br /><br /><br />

L’escalier tout en coudes, improbable, mène au douillet centre de documentation du lycée Watteau, sous les combles du vénérable établissement. Autour du Tour de France par deux enfants, manuel scolaire du début du siècle dernier, elles sont quatre, ce jeudi matin, à se projeter sur le calendrier touffu posé devant elle. Professeurs de français, d’histoire-géo, documentaliste du lycée peaufinent leurs futurs rendez-vous. Conférences expos, sorties, lectures de lettres de poilus au Phénix. Mais le vrai temps fort sera quand même la visite prévue à Verdun, en avril. Une cinquantaine d’élèves de Watteau ont été embarqués avec le quatuor dans une aventure pas banale. Plus qu’un travail scolaire, une enquête, une vraie, pour faire surgir à travers la vie des Valenciennois, leurs arrière grands-pères, le quotidien du premier conflit mondial.

Qu’à Watteau on se soit associé à la commémoration du centenaire de 1914 paraît presque une évidence. Ici, les murs ont une histoire. Ce qui était encore, en 1914, le collège de jeunes filles, bientôt évacuées pour poursuivre la classe dans des locaux sans chauffage, allait accueillir, dès l’embrasement du front, les services de la Croix-Rouge, puis un lazaret allemand, puis un hôpital anglais en 1918. Seuls la nationalité des blessés changera au passage, pas les souffrances.

Christine Cocaud, la patronne du CDI, s’est parfois fait un sang d’encre pour régler l’intendance. Mais les élèves de première ES sont déjà allés au Mont-Houy, et sont partis aussi piocher dans les archives municipales. Murielle Nawrot, à l’origine du projet sélectionné sur le plan national par le ministère, en énumère les objectifs. Ressusciter la vie à Watteau et à Valenciennes sous la dure botte de l’administration militaire directe allemande, regarder comment les arts ont représenté la guerre. Examiner aussi la manière dont même les manuels scolaires, des deux côtés du front, ont préparé les esprits à l’acceptation de la curée. « Ce regard critique face à tout endoctrinement, c’est le but même de l’éducation en général », explique Nadine Pigeaud.

Dorothy Bielawski, dont le propre grand-père, pourtant Polonais, a été forcé de combattre sous l’uniforme allemand, attend le printemps « avec impatience » . Elle pilote de son côté la section germaniste Abibac de Watteau, où même les cours d’histoire se font dans la langue de Goethe. Les Abibac se sont joints au projet, bien sûr. Avec leurs collègues allemands de Barleben près de Magdebourg, ils feront les mêmes recherches de part et d’autre du Rhin, comme ils l’avaient déjà fait pour le 50eme anniversaire du traité De Gaulle-Adenauer. Dorothy est curieuse des futures retrouvailles, de la confrontation des regards juxtaposés. Ce sera à Verdun, dans cette ville qui ne saurait être qu’une capitale de la paix, les apprentis chercheurs compareront leurs découvertes. Nadine Pigeaud est confiante. « Même chez nos parents, le ressentiment était encore vif. Le temps est peut-être venu de crever enfin l’abcès et de parler de 14 sans passion ».

Pour ce projet, les professeurs recherchent des documents de tous types sur le lycée Watteau dans la tourmente. Contact, Mme Cocaud, secrétariat du lycée Watteau.

Un programme riche, dès ce mardi 14

Les élèves inscrits dans le projet sont déjà allés à l’université, pour y rencontrer les étudiants en histoire qui vont chapeauter leur travail d’enquêteurs. Ils y retourneront sans doute demain. Échange de bons procédés, cette fois c’est Jean-Claude Bonnier, prof d’histoire pour les prépas littéraires à Watteau, qui donnera une conférence ce mardi donc à 18 h à l’université (bâtiment Fllash, amphi 150). Le thème en sera « Guerre et médecine ». Où il sera forcément question des gueules cassées, ces soldats victimes de terribles mutilations faciales. Le 23 janvier est prévue une autre conférence portant sur la vision des artistes dans le conflit mondial. Elle sera donnée au musée des Beaux-Arts, par Marc Gouttière, régisseur des œuvres . Troisième causerie, au lycée Watteau, le 8 février prochain, par M. Drancourt, pour évoquer la vie quotidienne en zone occupée. Le 28 mars, c’est Xavier Mauméjean, écrivain et professeur de philosophie, qui évoquera la guerre vue à travers les oeuvres de fiction à la Bibliothèque de Valenciennes. Nous y reviendrons tout comme sur la lecture prévue au cercle archéologique en juin et à la soirée-lettres au Phénix, en novembre.

Théodore TERSCHLUSEN

 

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